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Onfray/Zemmour à Cnews : combat truqué entre deux coqs

“Avec de l’esprit il est souvent facile, au piège qu’il nous tend de surprendre un trompeur”. Jean-Pierre Claris de Florian, “L’écureuil, le chien et le renard”.

Cette belle fin de mois de Mai et de décloîtration a vu Michel Onfray débouler sur le ring de Cnews aux côtés d’Eric Zemmour, pour une échauffourée verbale que l’on pouvait présumer tapageuse. En effet, à la venue de ces deux matamores des lettres françaises, la basse-cour médiatique retint son souffle, s’attendant même, non sans impatience, à une mémorable empoignade bagarreuse. L’affiche est vendeuse. Voilà Camus qui affronte Maurras. Le vitalisme solaire qui défie le pessimisme crépusculaire. Le “post-anarchisme expliqué à ma grand-mère” qui fait face au “Suicide français”. En devançant quelque peu le devenir de ce duel homérique, on pouvait imaginer une resucée orale et virile du pugilat épistolaire qui opposa, jadis, Pierre-Joseph Proudhon, l’anarchiste mutualiste, à Frédéric Bastiat, le libéral minarchiste. Bigre! Que d’enthousiasmes alors que se dressent, face à face, les figures antédiluviennes d’une bourgeoisie sans idées!

Que voulez-vous, notre époque nous donne des frissons à sa mesure.

Mais, très vite, le soufflé retombe et, aux premiers échanges, la profonde connivence des convives se dévoile. Un soupçon d’étonnement se fait même sentir chez le spectateur qui, étranger aux copinages inter-mondains de la bourgeoisie française, voit s’ouvrir devant lui une véritable parade nuptiale. Jadis, Alphonse de Larmartine rappelait combien “il y a des amitiés foudroyantes qui fondent les âmes d'un seul éclair”. Assurément, l’amitié que partagent nos deux gallinacés est de la trempe de la foudre ; quand bien même Alfred de Musset aurait pu ajouter, goguenard, qu'un “ami est comme un melon. Il faut en essayer plusieurs avant d'en trouver un bon”.

Pourtant, Dieu seul sait si “le contre-philosophe rentier du nouvel ordre social”(selon une expression de l’écrivain François De Negroni) et le masculiniste champion poids-bulles du Figaro, ont le melon en partage. Forts l’un et l’autre d’un narcissisme souffrant d’hypertrophie fruitière, combien de melons adverses ont-ils dû patiemment tâter, malaxer, renifler et humer, tous deux baladés d’un plateau à un autre, avant de se trouver, se retrouver, l’un et l’autre, l’un pour l’autre? Car qui méconnaît encore, depuis une décennie à présent, comment nos deux larrons règnent sur les dissonances idéologiques permises, et sont à l’audimat télévisuel français ce que, hier, Jacques Anquetil fut au cyclisme hexagonal? Nos deux amis passent de théâtres en théâtres médiatiques, pour des existences désormais consacrées à mener par le bout du nez des contradicteurs incultes, dans le sein autorisé de joutes sans dangers. Cela étant, personne ne peut donc plus s’étonner que les coups de becs laissent place au bécotage sous l’arbitrage consciencieux de Christine Kelly.

Le bal rhétorique est savamment huilé. Après quelques pas zemmouriens timides, c’est Onfray qui ouvre la danse. “Je n’aime pas qu’on fasse couler le sang pour des idées, quelles que soit les idées”. Notre pintade normande nous refait, cent cinquante ans plus tard, du sous-proudhon, par anti-communisme viscéral. En bon girondin casuiste, le Onfray caquette abstraitement, et sans trop y croire, un pacifisme de principe et une non-violence de bazar à maintenir partout, toujours et tout le temps, peu importe le contexte, ou les circonstances. Avec une certaine lucidité, Christine Kelly fait toutefois remarquer à son invité une chose élémentaire, ayant sans doute commis la faute professionnelle de le feuilleter: “vous n’aimez pas la guerre mais vous aimez la force”. Immédiatement, en bon nietzschéen, Onfray codèque brusquement que “la force sait où elle va, la violence ne sait pas où elle va”. Lumineux! Il est vrai que celui qui jette avec violence un pavé ne sait plus trop où il va, surtout après s’être fait éborgner la trogne, arracher la paluche ou matraquer l’abdomen.

Tout récemment, le petit Gabriel, 14 ans, victime d'une fracture de l'os de l'orbite de l'œil et avec ses trois dents cassées, a pu se faire une idée de cette force policière pleinement maîtresse d’elle-même. Certains diront que cette force provoque sans doute, parfois, quelques problèmes d’orientations et on peut supposer, par exemple, que Jérome Rodriguez a eu la vue quelque peu troublée après qu’on lui ait méthodiquement écrabouillé le globe oculaire. Certains mauvais esprits pourraient également songer à Cédric Chiouvat et Zineb Redouane, ou même mentionner le bilan des Gilets-Jaunes, qui s’élève désormais à 1 décès, 314 blessures à la tête, 24 éborgnés et 5 mains arrachées. La peccadille! Le Onfray n’en est pas à son coup d’essai. En apologiste consciencieux de la “Force Tranquille”, le Zarathoustra des sunlight peut doctement soutenir ailleurs, chez Eli Chouraqui, et à propos de l'État d’Israël (qui, lui, sait où il va), que “Tous ceux qui menacent son identité doivent être combattus par les mots, le verbe, et puis par la force, parce qu'il n'y a pas d'autres façons de faire en sorte qu'une civilisation dure" (car il est, comme de bien entendu, tout à fait logique et rationnel pour un athée revendiqué de défendre un projet de colonisation territoriale de droit divin).

Ah, Onfray! La force, la violence, le sang et les idées. Et quelles idées! Désormais, Onfray se fait Brassens, mais rénové. “Mourir pour des idées, d’accord mais de bonne rente!”, pourrait-il chanter en chœur avec son camarade de jeu. Le projet Onfray ? En quelques mots: monter un “Front Populaire”, pour détruire le “Front Populicide” macronien. Zemmour est rassuré, et aime cette révolution “populaire”, de “gauche”, sans effusions de sang, étant donné que c’est tout à fait abstrait, éthéré, inoffensif et irréalisable. L’ordre est sauf, la posture complète. Jamais avare de comparatismes historiques foireux, le Onfray enfonce le clou et ajoute, sans liaisons logiques évidentes, que, d’ailleurs, Robespierre “et les siens” voulaient “détruire la Vendée”, “et il y a là un populicide”. Évidemment! On pourrait recommander à Onfray une lecture attentive de Jean-Clément Martin, mais il le conchie, comme il conchie à peu près tout ce qui est exact et sérieux ici bas. Confit d’idiotie manichéenne, notre philosophe de cour n’a jamais entendu parler du massacre vendéen de Machecoul, ou de la manière dont Fouché a manipulé Baboeuf [inventeur du terme “populicide”] contre Robespierre, ce dernier qui voulait d’ailleurs sauver Nantes, éteindre la Vendée et la libérer du despotisme de Carrier. Doit-on enfin rappeler que Babeuf a lui même formulé cet aveu: “Je confesse aujourd’hui de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir, et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensembles”. Mais quoi? Faire de l’Histoire? A Cnews? Pourquoi faire? Fermez vos livres, éteignez vos cerveaux! Macron, Robespierre, esjudem farinae!

Ravi par le chant de son compagnon, le paon zemmourien est en pâmoison, et avance désormais à pas de vautour, pour décliner les sophismes et contresens historiques, mais avec une intelligence, une rouerie et une perfidie sans pareilles dans le paysage audiovisuel. Que nous dit Zemmour? Le Front Populaire a désarmé la France contre l’Allemagne, d’ailleurs, dès 1937-1938, le Front Populaire le comprend et réarme le pays, mais trop tard, Hitler a déjà une armée supérieure. Non, la responsabilité de la défaite française n’incombe pas à un État-Major d’incapables arriérés qui disposait en 1940 de la plus puissante armée d’Europe: c’est la faute aux congés payés! Eh oui, au diable Marc Bloch! Pétainiste assumé, Zemmour voit bien qu’avec le Front Populaire, l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice, et qu’on a revendiqué plus qu'on a servi! Onfray opine. Mieux, il complète. Le Front Populaire, c’est aussi le PCF. Et le PCF c’est l’URSS. Ce n’est pas un parti national mais internationaliste, qui prend ses ordres à Moscou. Des éternels agents de l’étranger, ces bolchéviques. Leurs 25 000 fusillés en témoignent. Comment? Georges Politzer? Gabriel Péri? Le Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France? Qui donc? Que d’inconnus aux oreilles de nos deux coqs.

Le débat se poursuit. La gauche peut-elle incarner la souveraineté? Zemmour est catégorique: non. Peu importe que l’idée même de Nation, révolutionnaire, soit née à gauche, et que les royalistes ait toujours ouvert leur bras [pour ne pas mentionner une autre région anatomique] aux puissances étrangères (souvenons-nous notamment de l’année 1793 où, à Toulon, ces admirables patriotes royalistes livrèrent la flotte française aux anglais et à l’amiral Hood, qui ne manqua pas de détruire toute la flotte et d’incendier l’arsenal). Peu importe car, de toute manière, le Onfray ne souscrit pas aux guerres révolutionnaires (quand bien même les Girondins les aient commencées), et c’est en cela un bon girondin: belliqueux à l’endroit des faibles, actif agent de désorganisation et personnage historique visqueux toujours prêt à pousser des cris d’orfraies à la moindre mesure de légitime défense prolétarienne.

Zemmour, lui, est dans la droite lignée de ces tartuffes de l’extrême droite qui maquillent la haine profonde de leur propre nation derrière une xénophobie hystérique. Celui qui n’aime la France que lorsqu’elle est un Empire ne l’aime pas sincèrement. Aussi, l’Histoire réelle lui importe peu. La gauche est d-é-f-i-n-i-t-i-v-e-m-e-n-t libérale et universaliste, bourgeoise, et étrangère au mouvement ouvrier. Il a bien lu son Edmund Burke, le Zemmour! Ragaillardi par les vapeurs du plateau, il osera toutefois, sous des tombereaux de mensonges, une relative exactitude: “Ce n’est que le communisme depuis 1917 qui a renvoyé le libéralisme à droite, aujourd’hui il n’y a plus de communisme, le libéralisme est revenu à gauche”. Mais alors que cette assertion pulvérise la systématicité anti-communiste de son camarade, celui-ci opine du chef avec l’imperturbabilité songeuse d’une volaille. Quel duo infernal!

D’interminables roucoulades s’en suivent sur la Chine, l’écologie, les pauvres et la consommation. Onfray entame la description d’un premier drame: la Chine a le monopole planétaire en ce qui concerne la fourniture des matériaux supraconducteurs pour les missiles. Comble du malheur, c’est une catastrophe écologique. Les Chinois polluent l’Afrique et, à travers leur action, un nouvel impérialisme de la pollution s’entame. “Mais ils font comme les américains!”, rectifie Zemmour, qui s’en vient tempérer son collègue! Pour changer, notre impertinent libertaire normand approuve notre polémiste. Toutefois, ce dernier relance aussitôt la discussion: les pauvres doivent se désintoxiquer des prix bas! Ah, cette fois, c’est le Onfray qui tempère, et rappelle tout de même quelques réalités matérielles partielles, étant donné que ces pauvres "n’ont pas le choix". Ils en sont presque à finir les phrases l’un de l’autre. Un vieux couple. Les Bouvard et Pécuchet de l’idéologie dominante!

Ayant passé sa phase d’échauffement, Zemmour entre en vitesse de croisière et se défoule sur le matraquage publicitaire. Non pas qu’il attaque la mafia mondialisée de la réclame capitaliste, étant donné que ceux qui sont dans le viseur, ce sont les “pauvres”, les “gens”, les “consommateurs”, et leur temps de cerveau disponible. Zemmour sait choisir ses adversaires, notamment chez ces revenus modestes qui achètent en masse des objets bon marchés, alors qu’il leur faudrait “acheter moins” et d’une “meilleure qualité”. Notre journaliste rompt encore quelques lances contre l’affreux règne de la quantité, chevauchant désormais à la tête des bataillons de la sobriété heureuse. En sentant malgré tout perler sur son front un hallucinant mépris de classe, notre homme se nuance, “ça fait un peu madame la comtesse”, confesse-t-il, à deux doigts de remplacer les baguettes par des brioches dans les rayons Lidl. Mais son frère de débat vole à son secours: “C’était la logique de mon père”, rassure Onfray. Zemmour acquiesce, “Les gens ne raisonnent plus comme nous, comme mon père et mon grand père”. Point décisif de l’argumentation, on apprend que le père d’Onfray n’avait qu’une paire de chaussure, et jamais froid aux pieds. Le débat du siècle!

Il est affligeant de voir comment nos deux coqs tiennent sans frémir des parodies de raisonnements. Doit-on rappeler au doctorant et au journaliste qu’un niveau de vie s’analyse et s’évalue rationnellement par rapport aux possibilités économiques d’une société? Que ces possibilités dépendent non seulement de son potentiel de production mais aussi de son niveau technologique ? Qu'un être humain n’a pas plus de raisons de se lamenter de ne pas disposer de voitures volantes que de se flageller du fait de disposer d’un confort de vie relativement plus aisé que celui de ses grands-parents? Mais il est impossible de faire entendre à de tels ânes que, le problème, ce n'est pas l'inénarrable "société de consommation".

D'ailleurs, arrêtons nous quelques instants sur cette idée. Dans la continuité des travaux du sociologue marxiste Michel Clouscard, Dominique Pagani, philosophe, se tue à répéter, en cette formule concise, qu’il y a “ la classe de ceux qui consomment plus qu’ils ne produisent et celle de ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment”. C’est élémentaire! A-t-on jamais vu dans l’histoire humaine une société qui ne fait que consommer? Dans cette idée de “ société de consommation”, où sont passés les producteurs? Les travailleurs? Et puis, à partir de quel moment décrète t-on qu’un travailleur consomme trop? Et de quel droit? Comment ne pas admettre plutôt, à rebours de l’idéologie décroissante, que le capitalisme corporatocratique et transnational ne produit rien et consomme énormément, tandis que l’immense majorité laborieuse produit, non pas beaucoup, mais TOUT, alors même qu’elle consomme moins et mal. La consommation n’est pas l’ennemi. Depuis quand juge-t-on les élégances à partir de cette catégorie? Quid de l’intérêt général? La collectivité? L’injustice sociale? Les inégalités économiques? Tout cela est aussi grotesque qu'insupportable.

Après s’être courageusement dressé contre l’esprit de jouissance qui caractérise ce début de troisième millénaire (au mépris de l’austérité, de la crise et de la baisse du niveau de vie), Zemmour aborde l’enjeu de l’État, et de sa dépense. Sa thèse? Pour continuer à arroser les banlieues d’allocations sociales payées par la dette, les impôts gonflent et, du coup, les entreprises ne veulent pas relocaliser. Il faut donc mettre un terme à l’État-providence, jouer la préférence nationale, réserver les allocations aux français et ne pas les distribuer au monde entier, afin de réduire le montant des cotisations à payer pour les entreprises et les “gens”. “S’il y a un paradis fiscal, c’est qu’il y a un enfer fiscal”, ajoute-t-il. En somme, la France impose trop et le laxisme à l’égard de la fraude sociale commise par les étrangers brise les reins de l’économie française.

Zemmour refuse d’admettre la dialectique de l’État dans le mode de production capitaliste, qui consiste à systématiquement socialiser les pertes et privatiser les bénéfices. Le secteur privé n’assumant jamais les dépenses préalables au financement des infrastructures elles-mêmes nécessaires à l’activité capitaliste, le coût des infrastructures dépend presque exclusivement de l’imposition de la collectivité laborieuse. Cette dialectique de socialisation des coûts et de privation des profits à l’esprit, on comprend mieux comment, en régime capitaliste, les réformistes qui procèdent à l’étatisation d’un bien public finissent par empêcher sa nationalisation réelle et réussie. Cette réalité se retrouve d’ailleurs dans deux stratégies de manipulation des masses identifiées par le linguiste Noam Chomsky. La première consiste à créer des problèmes pour offrir ensuite des solutions (comme le démantèlement de services publics à l’issue d’étatisations vouées à l’échec). La seconde, complémentaire, relève d’une stratégie de la dégradation, qui consiste à appliquer de façon dégradée et différée une mesure intolérable, afin de mieux faire passer la pilule (essentiellement selon l'actuel triptyque "Mondialisation-Financiarisation-Austérité budgétaire", que dénonce dernièrement l'économiste Thomas Porcher).

Tout cela étant souligné, Zemmour a au moins le mérite de la clarté face à un Onfray pétri d’indécision mondaine. En effet, notre journaliste est limpide: “La différence c’est pas entre les riches et les pauvres mais entre les français et les étrangers!”. Il faut comprendre que, dans le panthéon politique zemmourien, siège notamment Victor Orbán, premier ministre hongrois, non seulement connu pour avoir multiplié les hostilités à l’encontre de la Fondation des Archives Georg Lukács, mais dont le courage à l’égard des immigrés est inversement proportionnel à sa servilité à l’égard de l’Allemagne et de la commission européenne. Mais quel argument Onfray oppose donc à Zemmour étant, pour l'occasion, l’homme de gôche de service? Un minable projet d’état girondin, fédéraliste et régionaliste, qui, une fois bien désarmé, est censé faire plier le carcan de l’Europe libérale. Il conclut: “si l’état doit être jacobin il ne m’intéresse pas, s’il est girondin à l’heure des réseaux et des rhizomes” on peut alors, comme par magie, "le repenser".

Même s’il n’y croit guère, Zemmour rend hommage au projet de son compadre, et à sa revue. Macron ayant fait l’alliance des bourgeoisies de gauche et de droite, il faut désormais que se rejoignent les peuples de droite et de gauche. En réalité, Onfray, “l’anti-système” à la mode, nous fait du sous Jean-Edern Hallier. Avec “Front Populaire” il refait “l’Idiot International”, le talent en moins, la drôlerie en moins, la culture en moins, et, surtout, l’anti-impérialisme en moins. Finalement, comment clôturer ce débat qui est, à l’écoute, une véritable épreuve? Un peu plus tôt, on citait le fabuliste De Florian. Relisons-donc, pour toute conclusion, une autre histoire de sa plume, “Le Perroquet”.

“Un gros perroquet gris, échappé de sa cage,

Vint s'établir dans un bocage :

Et là, prenant le ton de nos faux connaisseurs,

Jugeant tout, blâmant tout, d'un air de suffisance,

Au chant du rossignol il trouvait des longueurs,

Critiquait surtout sa cadence.

Le linot, selon lui, ne savait pas chanter ;

La fauvette aurait fait quelque chose peut-être,

Si de bonne heure il eût été son maître

Et qu'elle eût voulu profiter.

Enfin aucun oiseau n'avait l'art de lui plaire ;

Et dès qu'ils commençaient leurs joyeuses chansons,

Par des coups de sifflet répondant à leurs sons,

Le perroquet les faisait taire.

Lassés de tant d'affronts, tous les oiseaux du bois

Viennent lui dire un jour : mais parlez donc, beau sire,

Vous qui sifflez toujours, faites qu'on vous admire ;

Sans doute vous avez une brillante voix,

Daignez chanter pour nous instruire.

Le perroquet, dans l'embarras,

Se gratte un peu la tête, et finit par leur dire :

Messieurs, je siffle bien, mais je ne chante pas.”

Benjamin L.

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